Nathan Bonne, fan du thon

Appelons un chat, un chat, disons les choses comme elles sont : je ne fais plus grand-chose, ni de mon temps, ni de mes cahiers. Et d’ailleurs sur ces pages, je ne dis que ça, que je ne fais rien. Mais l’autre jour, je suis quand même allé faire les courses. Un acte aussi anodin, une action aussi rituelle, peuvent des fois nous mener aux frontières de la romance, ce pays merveilleux ou en appelant un chat une boule de poils – ou un amour de miaou miaou – on se retrouve à énumérer sans bien les saisir les séries de dysfonctionnements qui transpirent de l’air du temps.

Prenons les cahiers que je m’achète dorénavant pour scribouiller sans perdre de feuilles volantes – maintenant je peux perdre les cahiers, et quand je pleure, ce n’est pas pour une pauvre page solitaire. Pourquoi donc le modèle à quarante-huit pages coûte-t-il soixante-six centimes, quand celui de quatre-vingt seize pages est à soixante-cinq centimes ? Soit, pour les plus réfractaires aux mathématiques d’entre vous, un centime de moins pour le double de pages… Lire la suite Nathan Bonne, fan du thon

Publicités

Nathan Bonne, architecte des temps perdus

C’est à se demander parfois pourquoi j’ai voulu ouvrir ses lignes. Je repasse de temps en temps lire ce que je n’ai pas écrit, et il y a là, cette photo d’un coin de rue d’Athènes en flammes, qui sans rien n’avoir perdu de sa beauté, a tout paumé de son symbole, comme une fumée avalée par les cieux. Elle s’est désincarnée, aussi sûrement que mon écriture se désincarne lorsque je ne la couche pas, que je me contente d’être assis, dans un train, en voiture, dans le canapé de cuir froid, à me dire : « tiens, ça, ce serait une bonne idée ! »

Et puis ne rien en faire, tout simplement.

Dans la foulée des phrases mortes nées, la légère poussière jaunie des pages blanches angoissées d’être restées dans la rame, pour ne pas être descendues à la bonne station, pour ne pas avoir fait bonne impression, cette légère poussière recouvre le bureau. Et si j’y traine un doigt pour dessiner des fresques propres, je ne trouve pas le courage, la patience, le temps de ne pas prendre de gants et de m’asseoir résolument devant le papier ou le clavier. Aux frontières du littéraire, il n’y a pas que les romanciers amateurs qui tombent, pas que les amateurs de bonnes chansons, pas que les chanteurs pour dames. Il y a des paresseux aussi. Des économes de l’effort. Des forçats du rien à faire. Des feignasses.

Où va la route, maintenant qu’il ne pleut plus ?

Nathan Bonne, skieur…

Voilà près d’une semaine qu’il y en a que pour elle, la neige. Une semaine qu’on reporte tout, qu’on ne fait rien. Qu’on reste là, à regarder par la fenêtre, à attendre le dégel, sans trop bien savoir, si l’on veut que ça continue ou que ça s’arrête.

Du moins, c’est comme ça que ça se passe chez moi. Je remets à demain ce que je devais déjà faire hier – ne comptez pas sur moi pour employer le verbe « procrastiner » ça fait intello de la toile, et remettre à demain, ça sonne tellement mieux.

Déjà, je comptais écrire un premier article ici le mois dernier : Nathan Bonne, écrivain. Et pérorer haut et fort, sur l’aboutissement du travail d’auteur, glisser deux ou trois phrases bien tournées, histoire de s’entraîner au clavier, à écrire toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite. Las. D’abord, il y a eu ceci, ensuite il y a eu cela – j’ai déjà oublié de quoi il s’agissait – et enfin il y a eu la neige – ce dont je me souviens mieux, avec mes orteils recroquevillés dans la noirceur de mes Kickers, à faire le dos rond contre la coque pour se gratter tels des contorsionnistes manchots.

Ce qu’il faut savoir c’est que j’écris encore moins, et que ça fait de moi un écrivain encore moins, pour autant que ça veuille dire quelque chose.

Je ne skie pas non plus d’ailleurs. Je cultive l’angoisse des pistes blanches et des coteaux enneigés. Des routes qui serpentent et se lovent de glace.  Des virages qui se gèlent sous zéro.

Et pendant ce temps il fait chaud à Athènes. C’est tout ce que m’inspire le monde quand dehors la neige tient.

– et fier de l'être –