Nathan Bonne, touriste aveugle à Bugeat

L’Afrique perd un de ses fils. Un homme qui ne payait pas de mine, au visage toujours souriant. Du moins l’ai-je toujours vu ainsi. Du moins était-il toujours montré comme cela. Malgré les quelques images où on le voit, concentré, tendu, étranger à toute émotion, la machoire serrée, le corps emballé au rythme de sa course balisée vers la victoire, pour signer d’un M majestueux, d’une initiale historique son passage.

Non, je ne parle pas de Nelson Mandela. Lire la suite Nathan Bonne, touriste aveugle à Bugeat

Nathan Bonne, peu diverti et outré

A une époque pas si lointaine, je regardais fréquemment les chaînes info le matin. Et puis j’ai arrêté. Soit pour me concentrer sur les jeux disponibles sur Facebook, soit pour me lever beaucoup plus tard, soit pour perdre définitivement le pouvoir de la télécommande au profit de vidéoclips qui tambourinent trop inutilement aux aurores.Oh la la, ben voilà pour ce matin! Il faut croire surtout que j’en avais marre d’écouter des journalistes – à moins que ce ne soit que de simples présentateurs – demander à leurs invités telle ou telle chose au prétexte que les Français pensent ça ou disent ça de tel ou tel événement, comme si on les avait tous sondés durant la nuit. Je n’apprécie déjà pas qu’on fasse référence à la sacro-sainte opinion publique en pleine journée, ce n’est pas pour en entendre parler à 7 heures du matin ! Quitte à être chiant et à radoter comme une vieille grand-mère aigrie, je ne cesserai jamais de pointer du doigt cette tendance à prôner l’omniscience d’une foutue opinion publique qui plus est si elle est détenue par les seuls médias. Pourquoi ne pas tous émigrer en Corée du Nord pendant qu’on y est ? Lire la suite Nathan Bonne, peu diverti et outré

Nathan Bonne, contrefait

Il y a un Vélib à Bamako. Et a priori, il y a aussi un type qui porte un jeans.Il y a un Vélib à Bamako. Il y a surtout une photo trop naze pour être un fake qui fait le tour de Paris en buzz. Et une rumeur qui prêterait – depuis septembre 2007 – à un responsable de JC Decaux, la firme qui exploite les Vélib, les propos suivants : « les Africains adorent le côté 4×4 du Vélib’, si robuste qu’il permet de circuler même en brousse. » Parce que déjà en 2007, au tout début de l’exploitation des Vélib, on évoquait la traite des petites reines de Paris à Bamako en avion cargo. Cet été-là, deux cent cinquante à trois cents Vélib auraient été arrachés à leur famille, direction les sables subsahariens, les pistes de latérite, la castagne du soleil malien. Lire la suite Nathan Bonne, contrefait

Nathan Bonne, heureux dans le pré

J’ai découvert la sociologie un peu tard. C’était une branche disponible sur l’arbre des facultés qui ne me disait rien. Un peu comme la psycho, ça ressemblait à une filière fourre-tout où ranger tous les gens moyens au bac, ceux chez qui ni une spécialité ni un talent ne ressortait comme une évidence.

Et puis quand j’ai découvert la sociologie, bien plus tard, après avoir appris à maîtriser les mathématiques, la physique, l’économétrie et l’économie, j’ai découvert une science qui s’intéressait aux arcanes de la société, aux fondements des relations, avec beaucoup moins d’affect que la philosophie, beaucoup moins de certitudes aussi. Nous nous battions les uns les autres à vrai dire, et il était impossible à un apprenti-sociologue de s’entendre avec un apprenti-philosophe. Mais ce n’est le sujet du jour. Lire la suite Nathan Bonne, heureux dans le pré

Nathan Bonne, laisseur de côté

Rebelle syrienJ’aurais pu vous parler de la Syrie. J’aurais pu commencer par un long aparté parce que je lis en ce moment Underground de Haruki Murakami, une compilation d’interviews de victimes des attentats au gaz sarin dans les métros de Tokyo commis par la secte Aum le 20 mars 1995. Alors je vous aurais dit qu’en regardant ce reportage dans les villes syriennes passé dimanche dernier sur Canal dans le Supplément, j’avais reconnu immédiatement dans les descriptions données par des rebelles anonymes les effets du sarin. J’aurais pu, mais…

Mais il se trouve que malgré les promesses des grands de ce monde, on ne verra pas les hérauts du monde libre débarquer le fusil entre les dents et les fleurs à la main, au seul prétexte que la ligne rouge des armes chimiques aura été franchie.

Mais il se trouve qu’après ce reportage l’invité était Nabilla, et qu’au seul prétexte que la ligne de la connerie surexposée avait était franchie, j’avais tout oublié de ce type qui assis devant son bureau improvisé d’adjudant-chef local se demandait, deux points ouvrez les guillemets :

« Qu’est-ce que ça change pour vous qu’on tue nos enfants avec des balles, plutôt qu’avec des armes chimiques ? » Lire la suite Nathan Bonne, laisseur de côté

Nathan Bonne, programmé obsolète

What else ?Dans leur campagne publicitaire télévisée pour Ek’oh leur machine à expresso certifiée durable, les Cafés Malongo nous affirment qu’ils croient au commerce équitable et à la fin de l’obsolescence programmée. Je ne mets pas en doute leur sincérité. Je m’interroge. La voix-off est rocailleuse comme une route cahoteuse en direction des caféiers secrets des montagnes boliviennes. C’est normal, cette voix, c’est celle de Bohringer. Le discours est clair, net et précis, pleins de petites phrases qui font mouche alors que dans les bouches de tel ou tel autre, on les qualifierait de cynisme, de poncifs éculés, de naïvetés à deux sous… « Chez Malongo, ce sont les petits producteurs qui font les grands cafés. » Lire la suite Nathan Bonne, programmé obsolète

Nathan Bonne, même rat dans le même navire

Il y a deux semaines, j’ai vu à la télévision qu’on interrogeait des gens pris au hasard des rues pour savoir s’ils se sentaient responsables de l’effondrement de cet immeuble à Dacca au Bangladesh, qui abritait des usines de confection textile. Ce n’est vraiment pas une question qui me serait venue à l’esprit. Même là maintenant, en écrivant ce billet. Par contre, je me suis demandé comment je répondrais à une question pareille si on me tombait dessus caméra et micro à la main au hasard d’une rue. Évidemment, par chez moi, il n’y a pas de rues où pullulent les journalistes avec des questions con. Parce que bon, soyons sérieux deux minutes, c’est une question con.

Allez demander aux passagers de seconde classe d’un paquebot qui coule s’ils se sentent responsables du sort des mecs qui triment en cale ! Lire la suite Nathan Bonne, même rat dans le même navire

– et fier de l'être –