Nathan Bonne, pour être continué

Amusé par les réactions qu’il provoquait un peu partout sur la toile, je suis allé lire sur Newsweek cet article sensationnel « The Fall of France ». Mais bon, un succès ne venant jamais seul dans le monde du spectacle, il était déjà éclipsé par « Fall of France II : How a Cockerel Nation became an Ostrich ».

Du coup, je me suis pris à rêver qu’un ancien magazine vedette français soit en faillite et tente le passage au tout-numérique, il m’engagerait comme journaliste et je me lancerai dans des articles de fond de haute volée comme :

Yoann Goutt le Timorais pas timide (quand on tient une blague pourrie il faut la faire durer, seules les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures)…

« LES TIMORAIS VONT SE FAIRE UNE FRAYEUR »

« Alors que Yoann Goutt est le premier athlète est-timorais à se qualifier aux Jeux d’Olympiques d’hiver, et ce, sur ses seules performances et sans bénéficier d’une wild card, alors que ces compatriotes n’ont même pas de mots pour désigner les skis, comment les Timorais ne peuvent-ils ne pas craindre de passer pour les Rasta Rocket du Pacifique ? »

Je baserai l’objectivité de mon article sur le fait que mes parents ont été pendant des décennies des insulaires sous les tropiques. Ensuite je vérifierai que le Timor Oriental est bien une île, ou un ensemble d’îles à la rigueur. Et après tout cela mon article sera nettement plus sérieux que ce que j’ai lu sur Newsweek.

Parce que « The Fall of France » volait très haut dans le reportage approximatif. Des énormités à mourir de rire – un grand nombre de français paye plus de 70 % d’impôts, les Français qui créent de la croissance sont tous en train de quitter le navire comme les Huguenots à la Révocation de l’Édit de Nantes, il n’existe pas de mot en français pour « entrepreneur »,

Je m'apprête à vendre ce pack de lait à 22 euros sur eBay...
Je m’apprête à vendre ce pack de lait à 22 euros sur eBay…

un demi-litre de lait à Paris coûte 4 dollars ou mon amie banquière a passé ses trois mois de congé maternité à faire – certifiées objectives et ultra-réalistes parce que l’auteure Janine Di Giovanni vit en France et aime la France empêchent de lire le message ultra-libéral de fond. Parce qu’il y a un message au fond : la social-démocratie c’est le mal. A la rigueur, ça peut se discuter. « Fall of France II : ou comment le pays qui se prenait pour un coq est devenu une autruche » part sur des bases plus sérieuses au titre que Leah McGrath Goodman s’intéresse aux questions économiques, fiscales… bref à ce que personne ne comprend en général et dont les thèses et les débats sont avant tout des querelles de clochers. Il n’empêche, c’est une multiplication de lieux communs – la France s’est fait taper sur les doigts par la Commission Européenne le tout dans une note qui concernait aussi et mot pour mot neuf autres pays de l’Union, la France a une croissance faible voire est en récession, la France a perdu son triple A – qui par malheur se finit sur un piètre :

« As the French say, “Pour être continué.” »

Oui parce qu’en France on ne sait plus dire « à suivre », déjà qu’on n’a pas de mot pour « entrepreneur ». On translate-googueule à la va-vite.

Je suis tenté de dire c’est de bonne guerre. En France, on s’étonne toujours de la façon dont les Américains parlent de l’Europe. Comme s’il s’agissait d’un seul pays, avec des villages comme Paris, Londres, Madrid et Amsterdam. Pourtant nous mêmes quand nous parlons de l’Afrique nous ne valons guère mieux. Ce qui est dommage du point de vue américain, c’est qu’ils sont nombreux à descendre d’un émigré européen qui avait quitté sa Sicile par exemple ou son Connemara, des régions spécifiques et bariolées de diversités. Mais bon qu’importe. Après tout ce n’est que le nouveau Newsweek, la ruine d’un grand magazine appelé à hanter le net et à tenter des coups d’éclat pour vendre des carreaux de pub en pixels.

Ce qui est grave à mon sens, c’est que Janine Di Giovanni est reporter de guerre, et que je ne sais plus quoi penser de ses reportages en Syrie, de ses papiers sur les Djihadistes venus d’Europe pour se battre en Libye ou de ses souvenirs du Pakistan, de ses livres et j’en passe. Je ne sais plus quoi penser d’un reportage choc, photo sanglante à l’appui, sur les tueries d’indigènes en Équateur, à l’ombre de l’exploitation du pétrole. Parce que disposer d’une tribune pour raconter des conneries au nom du libéralisme, passe encore, mais faire planer des doutes sur les pages qui entourent c’est très grave. 1-3-13fe0301massacre01Parce que cette gamine ensanglantée sur la poitrine de cette femme blessée, à moins d’avoir posé après une longue séance de maquillage, elle n’a rien d’une approximation, d’un arrondi du prix du demi-litre de lait à quatre dollars.

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