Nathan Bonne, gazouilleur

Je tweete depuis quelques jours. J’avais déjà fait des tentatives de gazouillis. Je ne suis pas un poulet de deux semaines non plus. Mais sans jamais m’y faire. Je dis que je tweete, mais je ne tweete pas encore sérieusement, pas en professionnel du pépiement. Je n’ai pas grand chose à dire de toutes les manières. Et trop peu de monde pour m’écouter dans le brouhaha des oiseaux bleus. Ce n’est pas grave en soi. Je ne suis ni une personnalité, ni un journaliste citoyen, ni un blogueur influent.

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Nathan Bonne, surréaliste

L’autre soir, j’étais à la gare avec les enfants. La plus grande prend le train toutes les semaines pour rejoindre son internat. Le tout petit aime sortir dès que l’occasion se présente. Un jeune homme faisait des allées et venues du quai sombre, où il grillait ses roulées, au hall trop éclairé, où il finissait les Manifestes du Surréalisme de Breton. Avec son sac de randonnée, ses cheveux en bataille, sa barbe mal taillée, ses sapes achetées négligemment dans un surplus militaire à l’exception du pull tricoté main, je le classais sans autre forme de procès parmi les étudiants des Beaux-Arts ou des Arts de Spectacle qui rentrent vers les cités étudiantes après avoir passé les fêtes en famille, où il s’était ennuyé prodigieusement loin de l’abstraction des Œuvres et des Néons de la Ville. Un autre, bien plus jeune, un lycéen faisait les cent pas, lassé d’attendre le train, dix minutes avant l’heure. Sur son sac Eastpack noir, il avait écrit plein de phrases tirés de péplums à trois francs, « Qu’importe la divinité, la force est dans nos seules mains »… En fait je ne me souviens plus de ce qui était écrit, mais c’était dans ce ton là. Au guichet, le responsable venait de baisser son store vénitien et bien caché on pouvait l’entendre se préparer un café instantané.

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Nathan Bonne, pour être continué

Amusé par les réactions qu’il provoquait un peu partout sur la toile, je suis allé lire sur Newsweek cet article sensationnel « The Fall of France ». Mais bon, un succès ne venant jamais seul dans le monde du spectacle, il était déjà éclipsé par « Fall of France II : How a Cockerel Nation became an Ostrich ». Lire la suite Nathan Bonne, pour être continué

Nathan Bonne, enthousiaste

Il y a quelques semaines, Dany Laferrière a franchi les portes de l’immortalité, grâce à treize scrutins sur vingt-trois dès le premier tour.

Il ne s’agit pas d’une resucée de Highlander et Christophe Lambert ne va pas surgir de derrière un placard l’épée à la main pour arracher le quickening d’un autre Immortel en maraude en lui tranchant la tête d’un coup sec. Pourtant Dany Laferrière aura bien une épée, le voici Académicien.

Les Académiciens ne sont pas vraiment immortels. D’ailleurs c’est parce qu’il arrive qu’ils meurent que d’autres amoureux de la langue deviennent Immortels à leur tour comme Dany. C’est une devise qui a, un jour, déteint d’un sceau. A l’Immortalité clamait-elle, parce que c’est la langue qui est immortelle, jusqu’à preuve du contraire. Jusqu’à ce que le dernier mot en français soit balbutié. Ce jour-là, sauf si j’ai été traduit, on pourra me dire que j’aurai vraiment perdu mon temps à essayer d’écrire.

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Nathan Bonne, lynché

L’année se termine. Le rituel des rétrospectives est en marche. L’année du Zapping, l’année des Guignols, les grands bêtisiers de l’année… Je les regarde toujours d’un œil distrait. Faussement intéressé. Parfois je m’étonne – Bostonj’avais par exemple oublié les deux explosions du marathon de Boston et les frères Tsarnaïev, alors même que pour des besoins d’écriture, je me suis penché des jours et des jours sur d’anciens marathons, des courses burlesques à l’heure du balbutiement du sport moderne. Parfois je ne m’étonne même plus – il y a tant de choses qui se contentent de se répéter inlassablement comme ces slogans syndicalistes qui crient au grand soir alors qu’il fait déjà nuit depuis longtemps…

Personnellement j’ai passé une très mauvaise année. Lire la suite Nathan Bonne, lynché

Nathan Bonne, historien du 11 juillet 1963

Depuis quelques semaines, ce que j’écris ici revient en gros à exprimer tout ce que je ressens quand je suis assis devant la télé – que je regarde tout aussi bien couché – ou quand je feuillette électroniquement des sites internet d’actualité, de Voici à la Tribune. Ça pourrait être un exercice de style. Une contrainte éditoriale hebdomadaire qui m’apprendrait, semaine après semaine, à mettre les mots justes sur les justes ressentis.

Ça pourrait.

Mais ce matin par exemple, devant la moisson exceptionnelle de sujets que je pourrais aborder, je me sens tout mou. Je me sens las.

Entre la photo du petit Gregory – utilisée malencontreusement pour une affiche sur la garderie gratuite d’enfants du Festival de Jazz de Montreux, parce que le stagiaire en charge de la conception était jeune et étranger – l’affaire des apéritifs réguliers de la Police Municipale de Cogolin – je ne parle même pas de l’enquête truculente de l’IGPN pour faire tomber le réseau de soûlards – et le monde entier qui fêtera aujourd’hui les 95 ans de Nelson Mandela alors qu’il s’attend à sa mort depuis des semaines, j’ai comme une sensation d’ennui, une envie de causer météo. Lire la suite Nathan Bonne, historien du 11 juillet 1963

Nathan Bonne, bachelier des lointaines années

Les mêmes reportages que l’an dernier, on appelle ça un marronnier, c’est un peu comme le platane qu’on recroise régulièrement en revenant du boulot. Peut-être est-ce une façon de se rassurer. De se donner des repères dans un monde qu’on prétend en perpétuelle évolution, juste parce que les smartphones sont toujours plus perfectionnés.

Là, il s’agit des résultats du bac. Tu parles d’une information. Il y a ceux qui l’ont. Ceux qui vont au rattrapage. Ceux qui ne l’ont pas. Il y a ceux qui font des démonstrations de joie. Ceux qui font des démonstrations de peine. Il y a les parents qui pleurent. Les parents qui n’y croyaient pas. Il y a celle – ou celui, mais c’est souvent celle – qui se tape la meilleure de toutes les notes, au-dessus de vingt.

Alors que le tout n’est pas d’avoir son bac, mais d’en faire quelque chose, sans qu’il ne vous serve à rien. Lire la suite Nathan Bonne, bachelier des lointaines années

– et fier de l'être –